Auxonne n'aurait pas la renommée historique d'aujourd'hui si, un certain jour de juin 1788, un jeune Lieutenant en Second du Régiment de la FERE n'était arrivé à l'Ecole d'Artillerie d'Auxonne. Il s'appelait Napoléon Bonaparte.

Logé aux "Cazernes", récemment construites par l'architecte CARISTIE, il y séjourne du 15 juin 1788 à septembre 1789 puis, après un long congé en Corse, du 11 février à juin 1791.

Agé de 19 ans quand il arrive à Auxonne, c'est un jeune officier, fort maigre, très brun, au visage sérieux, aux yeux perçants. Ce jeune homme à l'accent italien est corse d'origine. Intelligent, ambitieux, il possède une très forte personnalité.

Guère appréciées, ses visions politiques paraissent utopiques et immatures. Ses discours nerveux et son accent le rendent saugrenu aux yeux de la société auxonnaise quand il participe à la "vie mondaine" de la Garnison.

Pauvre, il se réfugie dans le travail et l'étude de l'histoire, de la géographie et des lettres, mais il montre également des dispositions pour les mathématiques. Le professeur Lombard pressent la destinée du jeune artilleur : "Il ira loin !" dit-il souvent.

Durant les loisirs que lui laissent ses études d'artilleur, Bonaparte s'efforce de compléter son instruction. Enfermé dans sa chambre, il lit et ses nombreuses notes de lecture sont la preuve de son infatigable curiosité, mais il est surtout attiré par l'histoire. Ces lectures inspirent à Bonaparte plusieurs nouvelles en prose : "Le Comte d'Essex", nouvelle anglaise écrite en 1789, "Le Masque Prophète" (avril 1789) et une "Nouvelle Corse". D'autres écrits plus pratiques datent de cette période, comme la "Dissertation sur l'Autorité Royale" (1788).

Reconstitution du drapeau du Régiment de la Fère avec l'uniforme de Lieutenant en second (1788)

Comme il n'y a pas d'imprimerie à Auxonne, en 1791, Bonaparte demande à M. Joly, à Dole, d'imprimer 100 exemplaires de sa "Lettre à Buttafoco". C'est un pamphlet plein d'insolence et d'ironie sur Mateo de Buttafoco, chef de file royaliste et adversaire de Paoli, le célèbre patriote corse.

A la demande de ses amis, jeunes officiers comme lui, Bonaparte rédige, selon les usages militaires de ce temps, la "Constitution de la CALOTTE du Régiment de la Fère", société formée entre les Officiers de chaque régiment au-dessous du grade de Capitaine, pour se défendre contre l'arbitraire des chefs, réprimer certains écarts de conduite et se maintenir dans les traditions de l'honneur militaire.

Les sociétaires de la "CALOTTE" se réunissent dans la Tour du Signe, faisant partie du bastion du Cygne érigé sous Louis XII et François Ier. (Cette tour possède en réalité deux orthographes : "Tour du Signe" et "Tour du Cygne". La première dénomination s'explique par la "guette" qui se pratiquait en haut des tours et des remparts et qui se traduisait par un "signe". D'autre part le cygne figurant sur les armoiries de Claude de France, fille de Louis XII et première épouse de François Ier, justifie la deuxième dénomination).

A Auxonne, Bonaparte est un marcheur infatigable : l'aller-retour à Dole dans la matinée ne l'effraie pas, même si des ampoules aux pieds lors du voyage au Creusot l'obligent à prendre un cheval.


Bonaparte à Auxonne près de la chapelle de la Levée

Il devient familier de la campagne alentour de sa ville de garnison. Il préfère les lieux ombragés : Villers-Rotin (où le tilleul planté en 1601, à la naissance de Louis XIII, a déjà presque 200 ans) ; le Hameau de la Cour, à la lisière de la Forêt des Crochères où se trouve une clairière de vieux chênes ; La Levée, lieu de promenade favori des Auxonnais.

Au musée Bonaparte a existé un jeton d'ivoire sur lequel avait été maladroitement gravé le nom de Manesca Pillet. C'est le prénom d'une jeune fille qui plut à Monsieur le lieutenant en second… Il demanda sa main, mais on lui fit comprendre que Manesca espérait mieux !… Bonaparte en eut, dit-on, un profond chagrin.

Bonaparte, tout au long de sa carrière, n'oublie pas Auxonne et aime à dire que les Auxonnais ont la satisfaction de posséder l'une des meilleures écoles d'artillerie de France où il a appris son métier d'artilleur, rendant hommage au talentueux professeur Lombard "qui savait conduire les jeunes gens aux connaissances sublimes des mathématiques".

Bonaparte, Premier Consul, reste fidèle à ses amis. Il sait quelle remarquable formation il a reçue à l'Ecole d'Auxonne alors commandée par le Général Du Teil, "cet excellent officier d'artillerie qui avait des idées saines". Un des premiers actes du gouvernement consulaire est de maintenir à Auxonne l'Arsenal que le Directoire veut transférer à Rennes et conserver l'Ecole d'Artillerie également menacée de suppression.

De Bonaparte, il nous reste aujourd'hui :

  • La chambre qu'il occupa en 1791 dans le Pavillon de la Ville aux Casernes avec sa cheminée et sa platine.
    Parmi les objets ayant appartenu à Bonaparte, la boîte à compas se trouve au Palais princier de Monaco ainsi qu'une "grenade provenant de l'habit du Lieutenant Bonaparte aux bombardiers en 1790" (don du Colonel de Lance du Régiment d'Artillerie la Fère). Des objets personnels sont conservés au Musée d'Auxonne.

  • La statue de Bonaparte sur la Place d'Armes d'Auxonne.

C'est en rappelant les conditions dans lesquelles fut érigée cette statue que nous terminerons, en vous rapportant le texte de M. Pierre CAMP dans le "Guide Illustré d'Auxonne" dont nous remercions l'autorisation de diffusion :

Le 15 mai 1853, M. Giret, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Officier d'artillerie en retraite, Maire de la Ville d'Auxonne, "après avoir adressé à son conseil municipal un discours digne des hauts sentiments qui l'animaient, lui a proposé de voter une somme de 5.000 francs en tête d'une souscription destinée à faire revivre parmi nous Napoléon Bonaparte, Lieutenant d'artillerie à Auxonne… La proposition fut accueillie par des acclamations unanimes."

Le projet était déjà ancien. En 1840, année du retour des Cendres, une souscription avait été ouverte à Dijon pour l'érection d'un monument dans la capitale de la Bourgogne. Les auxonnais s'étaient inscrits pour une somme de 5.000 francs, mais à la condition que le monument soit élevé dans leur ville. Leur municipalité voulait prouver : "qu'autant et plus que le reste de la France, elle admire et vénère le héros qui, avant d'atteindre le degré de gloire où il est parvenu, a été le compagnon des auxonnais et leur a laissé des souvenirs qui font souvent le charme de leurs conversations de famille". Ces conditions firent rejeter leur contribution. Les fonds recueillis ayant été insuffisants pour financer l'érection d'une statue, les Dijonnais se contentèrent d'un buste exécuté par Jouffroy.

L'œuvre révéla les talents de ce sculpteur : c'est à lui que nos compatriotes s'adressèrent en 1856 pour répondre au "vœu qu'une statue en bronze soit élevée sur la place d'Auxonne à l'Empereur Napoléon Ier, le représentant sous les traits de la jeunesse et dans le costume d'officier d'artillerie qu'il portait lors de son séjour dans cette ville".

L'inauguration eut lieu le 20 décembre 1857 en présence du Général Picard, délégué de S.M. l'Empereur Napoléon III, de Monseigneur Rivet, Evêque de Dijon, du Baron Thénard, du Général Paulin, Vétéran des Guerres de l'Empire et d'une très nombreuse assistance.

L'hommage le plus émouvant fut celui que rendit à son héros l'un de ces braves qui avait porté sur tous les champs de bataille les couleurs de la France :

"Au pied de la statue, dit le compte-rendu de la cérémonie, se tenait un vieux soldat du Premier Empire, un de ces débris d'une grande époque de gloire et de malheur. Il était venu spontanément de Chalon-sur-Saône, où il demeure, honorer la mémoire de celui qu'il avait autrefois servi et qu'il n'a pas cessé d'aimer. Il était là, avec son uniforme du temps, présentant les armes au monument, immobile comme un roc, comme un soldat de la Vieille Garde sous le feu de l'ennemi".

Il nous plaît de terminer sur cette image.

" Puisse-t-elle rappeler à ceux qui s'arrogent un peu partout le droit de saccager l'histoire de France, que l'avenir d'un peuple n'est plus qu'une sotte aventure lorsqu'on ignore les valeurs dont tant de siècles ont vécu. "



Le Musée Bonaparte, en attente de transfert et de restauration, se situe dans la Tour Notre-Dame du château, forteresse Louis XI. Il est ouvert gratuitement durant l'été.

Pour tout renseignement : 03 80 31 15 33
Office de Tourisme : 03 80 37 34 46
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La chambre de Bonaparte, appartenant au domaine militaire, se visite avec autorisation préalable auprès de l'Office de Tourisme au 03 80 37 34 46.

Sources et orientations bibliographiques :

       - "Napoléon à Auxonne" de Jean SAVANT - 1986
       - "Le guide illustré d'Auxonne" de Pierre CAMP - 1969
       - "Le Journal de Bonaparte" de Martine SPERANZA - Syndicat d'Initiative - 1988